Samedi 15 juillet – 21H00

Samedi 15 Juillet 2023

21h

Concert d’ouverture

Récital Bertrand Chamayou

Cloître du Monastère de Cimiez

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Programme

Franz Liszt : Années de pèlerinnage
(Jeux d’eaux à la Villa d’Este)

Unsuk Chin : Etudes n°6 « Grains »
Maurice Ravel : « Gaspard de la Nuit »
(Ondine  –  Le gibet  –  Scarbo)

György Ligeti : « Musica ricercata »

Franz Liszt : Années de Pèlerinnage

(Sonnet 123 de Petrarque)

(Après une lecture de Dante)

Bertrand Chamayou piano

BIOGRAPHIES

On lit parfois que la plume ravélienne doit beaucoup à celle de Chopin. Peut-être… mais, à mes yeux, Ravel doit bien davantage à Liszt. Pourtant, on ne peut trouver personnalités plus dissemblables que ces deux hommes : autant l’un cultivait la discrétion (une forme de distance, empreinte d’un certain humour caustique, qui pouvait engendrer une certaine froideur), autant l’autre accumulait les succès mondains, les conquêtes féminines, les délires hystériques à chacune de ses apparitions au clavier, dégageant un magnétisme qui en faisait l’idole du XIXème siècle.  Sur le plan musical, Ravel et Liszt se différencient également : autant Ravel demeure attaché aux formes classiques (ne dissimulant ni son amour pour Couperin, ni son goût pour les structures archaïsantes), autant Liszt fit table rase du passé (en apparence, du moins) pour oser une aventure musicale qui renouvellerait les formes et le langage. Ainsi, Franz Liszt est le créateur du « Poème symphonique » (il en composa 12), pièce orchestrale de forme libre, en un seul mouvement, dont la trame narrative s’appuie sur une idée littéraire ou descriptive. Cette volonté d’associer le discours musical à une idée extra-musicale, volonté également manifeste concernant les œuvres pianistiques (tel le cycle des Années de Pèlerinnage, dont chacune des pièces se réfère à une référence littéraire ou une impression subjective), place le compositeur d’origine hongroise comme le créateur de la « musique à programme ». Avant Liszt, il y eut bien quelques antécédents (la Symphonie fantastique de Berlioz, ou la Symphonie « Pastorale » de Beethoven, dont le déroulé se structure autour d’un récit clairement narratif), mais Liszt développa ce principe d’une telle manière qu’on lui en attribue naturellement la paternité. Sans Liszt, les poèmes symphoniques de Richard Strauss n’auraient certainement pas pu voir le jour.

Chez Ravel, rien de tout ceci. Ravel aime les formes concises et structurées : le Menuet antique, le Tombeau de Couperin, la Pavane pour une Infante défunte, le Concerto en Sol. Le concept de « musique à programme » lui est également étranger (excepté s’il s’agit d’un ballet, naturellement, tel Daphnis ou La Valse… d’ailleurs refusée par Diaghilev !).

Et pourtant… Malgré toutes ces différences, l’héritage laissé par Liszt aura profondément marqué l’œuvre de Ravel, et peut-être même à son insu. Malgré son goût et son attachement pour l’équilibre des formes anciennes, Ravel s’est autorisé le pari d’un concerto pour piano conçu comme une déflagration ramassée en un seul mouvement (Concerto « pour la main gauche »), ou l’insensé Boléro dont le principe répétitif ne trouve aucun antécédent dans l’histoire de la musique. Ravel était donc, malgré les apparences, un esprit libre… et très ouvert à l’évolution des formes comme à celle du langage (au point d’oser incorporer des inflexions jazz dans L’Enfant et les Sortilèges ou le Concerto en Sol). Notons également que les Jeux d’eau ravéliens, datant de 1901, n’auraient sans doute pas pu exister si Liszt n’avait composé ses Jeux d’eaux à la Ville d’Este (4ème pièce du dernier volet des Années de Pèlerinnage).

Sans être une musique à programme, le cycle Gaspard de la nuit s’appuie sur des poèmes de Aloysius Bertrand, développant non une trame narrative mais plutôt une série d’impressions subjectives engendrées par la figure évoquée (un pendu se balançant au bout d’une corde, un nain difforme et expansif, une nymphe des eaux dont « les captivants mirages et ses mouvants mystères » fascinaient Alfred Cortot).

Gaspard de la nuit fut composé en 1908, année qui vit également la naissance des 5 pièces enfantines qui furent réunies sous le titre de Ma Mère l’Oye.

Quant aux Années de Pèlerinnage de Franz Liszt, elles virent le jour à l’occasion des voyages que fit le compositeur en compagnie de son nouvel amour (la comtesse Marie d’Agoult), fuyant Paris et son atmosphère empesée de médisances. Ce cycle en forme de tryptique comprend 3 recueils : le premier est dédié à la Suisse, le second à l’Italie (tous deux composés entre 1835 et 1839). Le 3ème recueil, mêlant des impressions d’Italie (les fameux Jeux d’eaux à la Villa d’Este) à des élans d’ordre mystique, fut conçu plus tardivement, entre 1867 et 1881.

Le choix de Bertrand Chamayou de présenter ce soir ces 2 compositeurs est le fuit d’une longue fréquentation de leurs œuvres. Et rappelons que Bertrand Chamayou a enregistré l’intégrale de l’Œuvre de Ravel, ainsi que le cycle complet des Années de Pèlerinnage : deux intégrales ayant reçu de nombreuses distinctions, et suscitant les commentaires les plus élogieux.

Ravel – L’OEuvre pour piano (Label Erato)

Liszt – Années de Pèlerinnage (Label Naïve)

En contrepoint de Ravel et de Liszt, Bertrand Chamayou – très sensible à la musique de notre temps – a tenu à nous offrir deux regards contemporains : celui de Ligeti (Musica ricercata est un ensemble de 11 pièces, composé entre 1951 et 1953), et celui – plus actuel encore – de la compositrice Unsuk Chin (née à Séoul et qui fut élève de Ligeti). « Ma musique est le reflet de mes rêves. J’essaie de rendre en musique les visions de lumière aveuglante et l’incroyable magnificence de couleurs qui émaillent tous mes rêves, un jeu de lumière et de couleurs dans l’espace, formant dans le même temps une sculpture sonore fluide » : c’est par ces mots que Unsuk Chin se plait à définir son processus créateur.

Jean-Noël Ferrel

Bertrand Chamayou (©Marco Borggreve)

Soliste international incontournable, Bertrand Chamayou est un pianiste multiple, aussi bien chambriste que grand défenseur de la musique de notre temps. Interprète de la musique Française particulièrement recherché, son très large répertoire couvre également plusieurs intégrales majeures du répertoire, comme l’œuvre complète pour piano de Ravel, les Etudes Transcendantes et les Années de Pèlerinage de Liszt, ou encore les Vingts Regards sur l’Enfant-Jésus d’Olivier Messiaen.

Bertrand Chamayou se produit avec les orchestres les plus prestigieux : l’Orchestre Philharmonique de Vienne, l’Orchestre Philharmonique de New York, les orchestres de Cleveland et de Pittsburgh, les orchestres symphoniques de Chicago, Londres, l’Orchestre de Paris, l’Orchestre de la Tonhalle de Zürich, l’Orchestre National de France et Philharmonique de Radio-France, l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, les orchestres des radios de Munich, de Francfort, de Cologne et de Copenhague, ainsi que l’Orchestre Symphonique de la NHK, l’Orchestre Philharmonique de Séoul ou encore l’Orchestra dell’Accademia Nazionale di Santa Cecilia.

Il a eu le privilège de jouer sous la direction Pierre Boulez et Sir Neville Marriner, et collabore avec Esa-Pekka Salonen, Herbert Blomstedt, Semyon Bychkov, Manfred Honeck, Charles Dutoit, Mikko Franck, Santtu-Matias Rouvali, Krzysztof Urbanski, Philippe Herreweghe, Gianandrea Noseda, Philippe Jordan, Andris Nelsons, François-Xavier Roth, Tugan Sokhiev, Sir Antonio Pappano et Elim Chan.

Il se produit régulièrement en récital dans les plus grandes salles : Philharmonie de Paris et Théâtre des Champs-Elysées, ElbPhilharmonie de Hambourg et Philharmonie de Berlin, Wigmore Hall de Londres, Concertgebouw d’Amsterdam, Musikverein de Vienne, Suntory Hall de Tokyo. Il est l’invité de festivals prestigieux, parmi lesquels le Mostly Mozart à New York, le festival de Lucerne, d’Edinburgh, de Salzburg, de Rheingau, le Beethovenfest Bonn, le Klavier-Festival Ruhr ou le festival de la Roque d’Anthéron.

Chambriste très apprécié, il a pour partenaires des artistes de renom, parmi lesquels Sol Gabetta, Vilde Frang, Renaud Capuçon, Leif Ove Andsnes, les Quatuors Ebène et Belcea, ou encore Antoine Tamestit et Emmanuel Pahud. Il collabore aussi très fréquemment avec la soprano Barbara Hannigan. Très impliqué dans la création et le nouveau répertoire, il a également collaboré avec Henri Dutilleux ou György Kurtág, et plus récemment avec Thomas Adès, Bryce Dessner, Unsuk Chin, et Michaël Jarrell qui lui dédie son dernier concerto pour piano.

Bertrand Chamayou a enregistré un grand nombre de disques. Artiste exclusif Warner/Erato, il reçoit en 2016 le prix ECHO Klassik pour son enregistrement de l’œuvre intégrale pour piano solo de Ravel. Son enregistrement consacré aux concertos pour piano n°2 et 5 de Camille Saint-Saëns, avec l’Orchestre National de France et Emmanuel Krivine, est récompensé du prestigieux Gramophone Classical Music Awards dans la catégorie meilleur enregistrement. En juin 2022 paraît les Vingt Regards sur l’Enfant-Jésus d’Olivier Messiaen, dont il a joué le même mois le cycle intégral au Théâtre des Champs-Elysées.

Bertrand Chamayou est né à Toulouse ; son talent musical est vite remarqué par le pianiste Jean-François Heisser, qui deviendra par la suite son professeur au Conservatoire National Supérieur de Paris. Il se perfectionne auprès de Maria Curcio à Londres. Il est le seul artiste français à avoir remporté les Victoires de la Musique à cinq reprises, dans toutes les catégories. Il est co-Directeur Artistique du Festival Ravel, à Saint-Jean-de-Luz.

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