Mercredi 21 juillet – 19h

Mercredi 21 Juillet 2021
19h

Scène Tremplin
Stella Almondo

Jardins du Musée Matisse

Programme

Frédéric Chopin :
Andante spianato & Grande Polonaise brillante en mi b Majeur

Sergeï Rachmaninov :
Elégie, op.3 n°1

Claude Debussy :
L’Isle joyeuse

Robert Schumann :
2ème Sonate en sol mineur, op.22
* So rasch wie möglich (« Aussi vite que possible »)
* Andantino : Getragen (« Soutenu »)
* Scherzo : Sehr rasch und markiert (« Très rapide et bien marqué »)
* Rondo : Presto

Stella Almondo piano

Stella Almondo nous vient de Monaco, formée par de grands maîtres (Jacques Rouvier lui prédit le plus bel avenir), et elle a 15 ans.
Pour autant, il ne s’agit pas ici de venir « voir » le dernier prodige à la mode… Non : il ne s’agit pas de voir, il s’agit d’entendre… entendre cette toute jeune interprète s’approprier les musiciens qui, chacun à leur manière, ont élargi l’univers sonore du piano pour lui donner des reflets insoupçonnés jusqu’alors.
Le romantisme de Schumann n’est pas celui de Chopin, mais tous deux ont en commun d’avoir su donner au piano l’expression d’une voix intime. Une expression qui ouvrira de nombreuses portes… en particulier en France et en Russie.
Puis… Debussy ! Notre Debussy, qui compose L’Isle joyeuse en 1904, en cette même année qui voyait peu à peu naître La Mer et un renouveau du langage debussyste. Le piano devenait palette picturale aux couleurs et nuances infinies…

Le programme de ce soir est délibérément axé sur l’aspect virtuose du piano. Pour éblouir ? Non. Pour mettre en lumière cette mutation que l’écriture pianistique a connu durant le XIXe siècle : on pense naturellement à Chopin et à Liszt car, à la suite de leurs œuvres, la musique pour piano ne sera plus véritablement la même… Sans Chopin (et quelques autres…), Rachmaninov ne serait sans doute pas celui que nous connaissons aujourd’hui. D’ailleurs, Rachmaninov jouait volontiers du Chopin durant ses concerts ou simplement pour lui-même. Ravel doit également beaucoup à Chopin (comme aux clavecinistes de l’époque classique, Couperin par exemple, qu’il vénérait tant). Et puis, outre Rachmaninov (dont la voix respire un autre espace… celui des immenses plaines enneigées, celui de la Russie éternelle), le nom de Scriabine vient à l’esprit.
Chopin est donc un peu à l’origine d’un certain renouveau, et c’est par sa Grande polonaise brillante (précédée d’un Andante spianato) que débute notre soirée. Tout est dans le titre de l’œuvre : l’aspect brillant (donc virtuose), et l’attachement à sa Pologne natale qu’il quittera définitivement vers l’âge de 20 ans mais à laquelle il restera toujours fidèle en son cœur. A l’image d’un Paganini pour le violon (que Chopin, sidéré, a vu et entendu en concert), le compositeur polonais a développé son écriture en s’appuyant sur une virtuosité accrue, permettant l’extension des accords (joués plaqués ou en arpège), le déplacement spectaculaire des mains, et l’ajout de quantité de fioritures qui viennent enrichir le discours musical et lui donner une irrésistible allure de spontanéité. L’influence d’un certain Field, comme celle de Hummel (tous deux ardents défenseurs du « style brillant »), sont également visibles.
Franz Liszt, contemporain et ami de Chopin, a lui aussi profondément renouvelé la perception du clavier, et Liszt était… éperdu d’admiration devant le jeu de Chopin, devant son « oreille pianistique ». Il décrivait ainsi le jeu de son ami : « Par la porte merveilleuse, Chopin faisait entrer dans un monde où tout est miracle charmant, surprise folle, miracle réalisé. Mais il fallait être initié pour savoir comment on en franchit le seuil ».

S’ouvrant sur Chopin, le programme se refermera avec Schumann. Là encore, le piano affiche une extrême virtuosité : « aussi vite que possible », « plus vite – encore plus vite », « très rapide et marqué » sont les indications qui émaillent la partition. En ce début des années 1830, Schumann est encore tout feu tout flamme : il est un jeune compositeur, et débute sa romance passionnée avec celle qui deviendra sa femme (Clara Wieck). D’ailleurs, Clara – pas encore mariée avec Schumann, et déjà une virtuose reconnue – suggéra une réécriture du Finale qu’elle trouvait… inutilement ardu : « Je me réjouis infiniment de la deuxième sonate, elle me rappelle nombre d’heures heureuses (…). Tout ton être s’exprime si clairement à travers elle (…). Mais une chose encore : veux-tu laisser le dernier mouvement entièrement tel qu’il était à l’origine ? Change-le plutôt un peu et rends-le plus facile, car il est quand même trop ardu. Moi, je le comprends parfaitement et je le joue aussi au besoin, mais les gens, le public et même les connaisseurs, pour qui en vérité on écrit, eux ne comprennent pas cela. Tu ne m’en veux pas, n’est-ce pas ? Tu m’as écrit que je devais t’écrire ce que je pensais comme si tu étais mon mari ». Le Finale sera donc réécrit en 1838 !

Entre ces deux pôles, Debussy et Rachmaninov viendront nous offrir un piano déjà tourné vers le XXe siècle.
L’Elégie en mi bémol mineur est la première des 5 pièces qui forment le recueil « Morceaux de fantaisie » (composé en 1892). A cette époque, Rachmaninov est encore un tout jeune homme (le recueil en question n’est que l’opus 3), mais il a déjà composé son 1er Concerto pour piano. Et tout Rachmaninov est déjà là.
Arrêtons-nous un instant sur Rachmaninov, lui qui est toujours resté profondément russe : lorsque la Révolution d’Octobre le forcera à quitter son sol natal (en 1917), c’est un déchirement, un profond déchirement… dont le compositeur ne se remettra d’ailleurs jamais. L’essentiel des œuvres de Rachmaninov fut écrit avant 1917 ; ce qui signifie qu’en exil (d’abord en France, puis aux Etats-Unis), Rachmaninov ne composera pratiquement plus. Seuls verront le jour sa Symphonie n°3, son 4ème Concerto pour piano (sans doute celui que, personnellement, je préfère), et ses Danses Symphoniques op.45 : ces 3 œuvres, d’un langage certes un peu modernisé, restant malgré tout profondément ancrées dans la tradition romantique russe. Il est ainsi particulièrement intéressant d’entendre cette Elégie, née à une période heureuse, et déjà porteuse de tout un univers à venir.

Debussy, quant à lui, a très vite conféré au piano un aspect véritablement pictural. Non que la virtuosité soit absente, mais elle n’apparaît pas comme une préoccupation première. Il s’agit plutôt d’accorder une attention particulière aux timbres (les œuvres orchestrales procèdent de cette même volonté, où la couleur du timbre n’est plus simple habillage mais musique elle-même), à la sonorité des différents registres du clavier, au relief sonore que ces différents registres peuvent engendrer. Une tendance actuelle tend à minimiser, voire à contester le terme « Impressionnisme » (si souvent accolé à l’écriture debussyste)… il me paraît pourtant très « parlant », tant ce terme se réfère justement à l’univers pictural.
L’Isle joyeuse est en soi une manière d’œuvre charnière… La délicieuse Suite bergamasque est déjà loin (le Prélude à l’après-midi d’un Faune aussi), et Debussy est en pleine élaboration de ses « Esquisses symphoniques en 3 parties » qui deviendront La Mer. Au piano comme à l’orchestre, le langage debussyste opère une mutation…
En une simple heure de concert, voilà une bien belle histoire du piano !
Jean-Noël Ferrel

BIOGRAPHIE

Stella Almondo (©franzchavaroche)

La jeune pianiste monégasque Stella Almondo, 15 ans, possède déjà un palmarès impressionnant : lauréate des concours Flame à Paris, Simone Delbert-Février à Nice, GCIP à St-Tropez, Steinway à Cannes, Les Clés d’Or au Raincy et à Monaco, elle obtient en octobre 2018 un prix de distinction au prestigieux concours international Jeune Chopin à Martigny en Suisse, présidé par Martha ARGERICH.
A ce jeune âge, Stella vient d’obtenir la plus haute distinction du conservatoire de Nice, le DEM (Diplôme d’Etudes Musicales) avec la mention Très Bien à l’unanimité et avec les félicitations du jury.

Elle donna son premier concert public à l’âge de 10 ans, invitée par Sophie Dupont-Coderch, présidente du Cercle Musical de Cannes, qui l’a toujours soutenue dans ses études. Depuis, à Nice, à Cannes, à Monaco, à Paris, en Angleterre, en Croatie et à Moscou, sa vivacité et son tempérament flamboyant ont fasciné les auditeurs.
Le Maestro Misha KATZ, ayant repéré son talent hors normes, l’invite à se produire en récital à Cannes le 19 juillet 2019 dans le cadre du festival des Nuits Musicales du Suquet qu’il dirige.
Stella a suivi les master-classes de Jacques ROUVIER, professeur au Mozateum de Salzbourg, celle de Mira MARCHENKO, qui dirige le département spécial de piano de l’Ecole Centrale de Musique de Moscou, de Marie-Josèphe JUDE, professeur au CNSMD de Paris et directrice artistique de l’Académie Internationale d’Eté de Nice, de Rena SHERESHEVSKAYA, professeur à l’Ecole Normale de musique de Paris, ainsi que de John BYRNE, professeur au Royal College of Music de Londres.
Stella poursuit actuellement ses études au collège Stanislas à Cannes en classe de 3e et au Conservatoire de Nice dans la classe de piano d’Amédée BRIGGEN, en cycle de perfectionnement.
Elle vient en outre d’intégrer la classe du célèbre pédagogue russe Igor LAZKO (qui a formé entre autres Alexandre Kantorow, Grand Prix du Concours International Tchaïkovsky) à la Schola Cantorum de Paris.

Malgré le contexte sanitaire, Stella a pu se produire plusieurs fois cette saison :
Cet automne à Monaco dans le cadre du festival du livre, en présence du Prince ; au TNN de Nice dans le spectacle « Conversation Intime » avec Ariane Ascaride, présenté par Catherine Ceylac ; à Cannes, Salle Miramar, et à Mougins, Scène 55, pour deux concerts caritatifs.

Ce printemps, elle fut très remarquée à Monaco lors de divers événements :
– Le 4 avril, elle interpréta une pièce de Gérard Pesson à l’Opéra Garnier, en prélude au récital de Marie Vermeulin, lors du festival du Printemps des Arts.
– Le 10 mai, Stella reçut le « Best Music Talent » de l’année devant Monseigneur le Prince Albert II au Maria Callas Awards à Monaco.
– Le 28 mai, ce fut un concert féérique en compagnie du pianiste Stefan Cassar sous la verrière Eiffel de l’Hôtel Hermitage.

Stella a participé brillamment à la finale de l’émission « Prodiges » sur France 2 en décembre dernier.

(©Marie Laure De-Haro)

(©Marie Laure De-Haro)

TEMOIGNAGES

Gautier Capuçon :
« Stella, tu as été absolument magique ! Tu es très virtuose, tu maîtrises les difficultés techniques haut la main. Bravo, il n’y a rien de plus beau quand ça à l’air facile. Un grand bravo à toi pour toutes ces émotions. Tu as un immense talent et tu iras loin, bravo Stella ».

Marie-Claude Pietragalla :
« Stella, tu es formidable ! Tu as un mélange de force, de caractère et en même temps de légèreté. C’est ce qui est extraordinaire chez toi. C’était vraiment un moment de partage et de communion avec nous ! ».

Elizabeth Vidal :
« Elle vit sa musique de tout son être et se trouve sans aucun doute au seuil d’un développement artistique de la veine des plus grands. »

(©Conseil National Monaco)

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