Dimanche 8 août – 21h

Dimanche 08 Août 2021
21h

Récital de piano
Philippe Bianconi

Jardins du Musée Matisse

Programme

Ludwig van Beethoven
Sonate n°31, en la b Majeur, op.110
(Moderato cantabile molto espressivo  –  Allegro molto  –  Adagio ma non troppo / Arioso dolente / Fuga)

Claude Debussy
4 Etudes :
– Pour les cinq doigts
– Pour les quartes
– Pour les notes répétées
– Pour les arpèges composés

L’Isle Joyeuse

***** PAUSE *****

Frédéric Chopin
Prélude en do # mineur, op.45
Barcarolle, op.60
3 Valses, op.64 :
– n°1 en ré b Majeur
– n°2 en do # mineur
– n°3 en la b Majeur
Scherzo n°2, en si b mineur, op.31

Philippe Bianconi piano

Debussy : 12 Etudes & Le Martyre de Saint-Sébastien

(Philippe Bianconi  –  CD « La Dolce Volta », paru en septembre 2020)

Le cycle des Etudes de Debussy n’est pas si fréquemment enregistré (sauf dans le cadre d’une intégrale). Il n’encombre pas non plus les programmes de concert. Le public lui-même, fasciné par la Suite Bergamasque ou les Préludes, peut se montrer réfractaire à ce recueil qui – sous couvert d’une intention pédagogique – développe un langage en rupture avec les œuvres précédentes.
Mais les Etudes ne sont pas, dans la production debussyste, un cas isolé : toutes les dernières œuvres du compositeur (les 3 Sonates, la Suite En blanc et noir) appartiennent à une même nouvelle orientation.
Pourquoi ? Que s’est-il passé ?

Les dernières années de la vie de Debussy sont des années particulièrement difficiles, tant sur le plan personnel que sur le plan artistique, et naturellement – comme pour beaucoup de compositeurs, dont Ravel – sur le plan émotionnel avec l’avènement de la 1ère Guerre Mondiale.
Vers 1910, on diagnostique chez Debussy un cancer du rectum. Dès lors, sa santé va décliner peu à peu, engendrant des souffrances physiques que le compositeur aura de plus en plus de mal à surmonter.
L’année 1911 voit la création du Martyre de Saint-Sébastien (sur un poème de Gabriele D’Annunzio) : création que le public accueille avec une totale indifférence, et qui fustige le texte de D’Annunzio que l’on qualifie volontiers de « poème prétentieusement mystique ».
En 1912, le ballet Jeux ne connaît pas le succès espéré. Pire : le scandale de la création du Sacre du Printemps (15 jours après celle de Jeux) rejette totalement dans l’ombre l’œuvre de Debussy… Paris ne parle plus que de Stravinsky (voire de Ravel), mais plus du tout de Debussy.
Puis, la 1ère Guerre Mondiale éclate, décimant un nombre incroyable de vies humaines.

C’est donc en pleine période de guerre – entre début août et fin septembre 1915 – que Debussy accouche de son cycle des 12 Etudes, cycle réparti sur 2 cahiers et dédié « à la mémoire de Chopin » (dont le cycle des 24 Etudes constituait pour Debussy une source d’admiration sans limite). En cette année 1915, le moral du compositeur est au plus bas ; l’idée du suicide l’effleure.
Déjà, en juillet 1914, il écrivait : « Depuis longtemps – il faut bien l’avouer ! – je me perds, je me sens affreusement diminué ! Ah ! le magicien que vous aimiez en moi, où est-il ? Ça n’est plus qu’un faiseur de tours morose, qui bientôt se cassera les reins dans une ultime pirouette, sans beauté. »
Un événement important, peut-être même déclencheur, survient au début de l’année 1915 : Debussy est sollicité pour réviser les œuvres de Chopin (dont l’éditeur Durand prévoit une nouvelle publication). Ce travail de révision le conduit naturellement à envisager une nouvelle perception de la technique pianistique, à prolonger le cycle pédagogique que Chopin avait conçu à travers ses 24 Etudes, pour proposer à son tour son propre recueil d’Etudes dont les 2 cahiers cibleraient deux axes complémentaires : le 1er cahier traitera de problèmes purement pianistiques (les titres parlent d’eux-mêmes : « Pour les 5 doigts », « Pour les tierces », « Pour les quartes », etc…), tandis que le 2ème cahier se penchera sur des notions ayant trait à la sonorité ou à l’interprétation (« Pour les notes répétées », « Pour les sonorités opposées », « Pour les arpèges composés », etc…).
Si l’on en croit le témoignage de Marguerite Long, l’été 1915 – que Debussy passe en Normandie, au bord de la mer – constitue pour le compositeur un moment d’apaisement, un moment qui voit s’éloigner les idées noires et le fardeau d’une forme de dépression. Il n’empêche : l’écriture de Debussy ne sera plus celle d’antan. Concentrée, abandonnant la sensualité des œuvres antérieures, elle se tourne vers un avenir encore incertain, mouvant.
Le cycle des Etudes ne constitue pas moins un sommet pianistique (et un sommet de virtuosité) qui, peu à peu, s’impose aux oreilles actuelles. Il faut du temps pour qu’un langage en rupture parvienne à conquérir l’adhésion d’un large public.

Quant à L’Isle joyeuse, elle est en soi une manière d’œuvre charnière… La délicieuse Suite bergamasque est déjà loin (le Prélude à l’après-midi d’un Faune aussi), et – en cette année 1904 – Debussy est en pleine élaboration de ses « Esquisses symphoniques en 3 parties » qui deviendront La Mer. Au piano comme à l’orchestre, le langage debussyste opère une première mutation…

Autre sommet pianistique, et autre cycle de maturité : les 3 dernières sonates de Beethoven (les opus 109, 110 et 111) dont nous entendons ce soir celle du milieu, la 31ème. Pourquoi ces 3 dernières sonates constituent-elles une manière de trilogie (souvent enregistrée comme telle) ? On peut trouver plusieurs raisons : chacune d’elles fut composée à la suite l’une de l’autre (la 30ème date de 1820, la 31ème de 1821, et la 32ème de 1822). Entre 1818 et 1822, Beethoven compose parallèlement sa Missa Solemnis, page chorale de vastes proportions qui constituait pour le compositeur une étape particulièrement significative (Beethoven désignait volontiers sa Missa comme étant « sa meilleure œuvre, son plus grand ouvrage » !… A cette époque, il n’avait pas encore écrit sa 9ème Symphonie).
Enfin, ces 3 dernières sonates viennent conclure un parcours qui a considérablement fait évoluer le genre : les sonates pour piano, de facture classique s’agissant des premiers opus, vont peu à peu s’orienter vers une liberté structurelle que le cycle des symphonies ne connaîtra pas à la même échelle (la 9ème mise à part). Ainsi, la sonate dite Au clair de lune (de 1801) s’achève sur un mouvement lent ; ainsi la 31ème qui insère une fugue dans son dernier mouvement ; ainsi la sonate dite Hammerklavier (de 1818) qui atteint des proportions gigantesques au point de dérouter public et interprètes de l’époque.
Fait rarissime : la 31ème – que nous entendons ce soir – ne comporte aucune dédicace. Ce qui fit dire à Vincent D’Indy : « Beethoven ne pouvait dédier qu’à lui-même cette expression musicale de sa propre vie ».

Après une courte pause, Philippe Bianconi nous propose une promenade au sein de l’œuvre de Chopin : Prélude, Barcarolle, Valses, Scherzo. Jouer Chopin à la suite de Debussy est logique : nous avons vu à quel point Debussy admirait Chopin (« Chopin est le plus grand de tous car, avec un seul piano, il a tout trouvé ! »). Comme Debussy lui-même le sera plus tard, Chopin – à son époque – est à l’origine d’un certain renouveau. A l’image d’un Paganini pour le violon (que Chopin, sidéré, a vu et entendu en concert), le compositeur polonais a développé son écriture en s’appuyant sur une virtuosité accrue, permettant l’extension des accords (joués plaqués ou en arpège), le déplacement spectaculaire des mains, et l’ajout de quantité de fioritures qui viennent enrichir le discours musical et lui donner une irrésistible allure de spontanéité. L’influence d’un certain Field, comme celle de Hummel (tous deux ardents défenseurs du « style brillant »), sont également visibles.
Franz Liszt, contemporain et ami de Chopin, a lui aussi profondément renouvelé la perception du clavier, et Liszt était… éperdu d’admiration devant le jeu de Chopin, devant son « oreille pianistique ». Il décrivait ainsi le jeu de son ami : « Par la porte merveilleuse, Chopin faisait entrer dans un monde où tout est miracle charmant, surprise folle, miracle réalisé. Mais il fallait être initié pour savoir comment on en franchit le seuil ».
Ce soir, c’est par bonheur à Philippe Bianconi qu’il appartient de nous initier…
Jean-Noël Ferrel

Claude Debussy

BIOGRAPHIE

Philippe Bianconi (©William Beaucardet)

Depuis son succès au Concours Van Cliburn dans les années 80, Philippe Bianconi mène une carrière internationale et poursuit son itinéraire musical, creusant patiemment son sillon loin de tout tapage médiatique.

L’année 2020 a vu l’aboutissement de deux projets discographiques majeurs : la sortie des Concertos de Brahms avec l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, sous la direction de Michal Nesterowicz (pour le label Printemps des Arts de Monte-Carlo), puis les Etudes de Debussy pour le label La Dolce Volta.

Philippe Bianconi s’est produit en récital dans les plus grandes salles d’Amérique du Nord (New York, Chicago, Washington, San Francisco, Montréal, Toronto) et d’Europe (Paris, Londres, Berlin, Vienne, Milan, Madrid, Amsterdam), ainsi qu’au Japon, en Chine et en Australie.

Il a joué avec des orchestres prestigieux (Chicago, Cleveland, Los Angeles, Pittsburgh, Orchestre de Paris, Orchestre National de France, Orchestre de la Radio de Berlin…) sous la direction de chefs tels que Lorin Maazel, Kurt Masur, Christoph von Dohnanyi, James Conlon, Marek Janowski, Georges Prêtre, Michel Plasson.

Il privilégie également la forme plus intime de la musique de chambre et a donné des concerts avec Jean-Pierre Rampal, Pierre Amoyal, Gary Hoffman, Tedi Papavrami, le Quatuor Sine Nomine, le Quatuor Talich, le Quatuor Parisii. Avec Hermann Prey, il a enregistré les trois grands cycles de Lieder de Schubert (parus chez Denon).

En 2012, Philippe Bianconi entame une collaboration avec le label La Dolce Volta et l’intégrale des Préludes de Debussy, nommée aux Victoires de la Musique Classique dans la catégorie enregistrement de l’année, reçoit le « Prix de l’Académie Charles Cros » ainsi qu’un « Diapason d’Or de l’Année ». Ont suivi un CD consacré à Chopin en 2014, puis un Schumann en 2016.

Directeur du Conservatoire Américain de Fontainebleau de 2013 à 2017, Philippe Bianconi enseigne depuis octobre 2018 à l’Ecole Normale de Musique de Paris – Alfred Cortot.

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