Samedi 8 août – 20h

Samedi 08 Août 2020

20h

Ludwig van Beethoven : Les filiations (1ère partie)

Jardins du Musée Matisse

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Franz Schubert
Fantaisie en Fa mineur, D.940
(Allegro molto moderato – Largo – Allegretto vivace – Tempo primo)
Jérôme Granjon & Jacques Rouvier piano

Ludwig van Beethoven
Sonate en Fa majeur, op.24, « Le Printemps »
(Allegro – Adagio molto espressivo – Scherzo, Allegro molto –
Rondo, Allegro ma non troppo)
Marianne Piketty violon, François Chaplin piano

 

L’année 2020, où nous célébrons le 250ème anniversaire de la naissance de Beethoven, peut nous amener à réfléchir sur le phénomène de la filiation, de la transmission. Que celle-ci ait lieu ou non !…
En effet, on remarque que certains compositeurs développent une particularité étonnante en se présentant tels des îlots autonomes : semblant surgir de nulle part (ou à peu près), ils n’engendrent aucune descendance directe, ni même déterminante ou décisive (alors même que leurs œuvres, unanimement saluées, exercent une manière de fascination qui pourtant… demeure stérile) : c’est le cas de Claude Debussy. Pour être honnête, on peut certes voir en Toru Takemitsu – au Japon – un lointain fils spirituel de Debussy (Takemitsu ne s’en cachait d’ailleurs pas), mais en Europe : rien. Aucun compositeur européen n’est venu prolonger le geste debussyste (même si Boulez a prétendu se situer dans le chemin tracé par Jeux…).
D’une certaine manière, Mahler est un peu dans le même cas. Qui est venu se nourrir à la source de la 9ème symphonie (si particulière dans les innovations de son langage harmonique comme dans la conception de sa structure formelle), ou à la source du Chant de la Terre ? On cherche… sans vraiment trouver de filiation. Pourrait-on s’aventurer à citer le nom de Richard Strauss ? Eh bien, pas vraiment.

Et qu’en est-il pour Beethoven ? Là, les choses sont plus claires. Beethoven a beaucoup transformé les modèles déjà existants (symphonies, sonates, trios ou quatuors), mais ces transformations se sont étalées sur une trentaine d’années (repositionnant les piliers porteurs et constitutifs), et sans pour autant faire table rase du passé dont il est l’héritier. Debussy et Mahler, puisque nous parlions d’eux, n’ont pas agi de la même manière : à quelle forme préexistante peut-on rattacher La Mer ? Aucune. Ce n’est pas une symphonie, ni même un poème symphonique en 3 parties… c’est La Mer, tout simplement, et sobrement sous-titrée « Esquisses symphoniques » par Debussy lui-même. Le Prélude à l’après-midi d’un Faune, ou les Trois Nocturnes, répondent à cette même volonté d’assoir une identité musicale totalement neuve. Et concernant Mahler, sa 8ème symphonie, dite « Symphonie des Mille », peut-elle vraiment être encore considérée comme une symphonie au sens formel du terme ? Et que dire de sa 2ème symphonie, dite « Résurrection » ?
Beethoven, lui, a sans ambiguïté repris les schémas formels développés par Haydn (pour, peu à peu, les transformer de l’intérieur), et prolongé le geste mozartien dans sa volonté d’équilibrer l’écriture des différents partenaires lorsque ceux-ci jouent en sonate.
Mozart et Beethoven sont regardés comme les pères de la Sonate moderne, celle que nous connaissons aujourd’hui et qui permit l’éclosion de tant de chefs-d’œuvre ultérieurs (comme les 3 Sonates pour violon et piano de Brahms, puis celles – irradiantes – de César Franck, Guillaume Lekeu, Gabriel Fauré et jusqu’à celles de Prokofiev). Pourquoi ? La réponse est dans l’histoire, dans la dénomination même des œuvres. En effet, Mozart s’est intéressé très tôt à cette forme musicale, dès l’âge de 8 ou 10 ans, et c’est bien l’évolution de son propre parcours qui nous renseigne : ainsi, ses premières sonates pour violon et piano sont intitulées « Sonates pour clavier avec accompagnement de violon »… Tout est dit. Mozart, encore gamin, et se conformant aux usages « galants » de son époque, accordait donc une place privilégiée au clavier, laissant au violon un simple rôle d’accompagnateur. A ce stade, on ne peut parler d’un réel dialogue entre les deux instruments, l’aspect concertant (que sublimeront Brahms ou Franck, pour ne prendre que ces deux exemples) n’existant tout simplement pas.
Puis, peu à peu, sous la plume d’un Mozart grandissant en maturité, le violon cessera d’être inféodé au clavier, acquérant une indépendance qui le placera – enfin – à niveau égal. Mozart avait 25 ans lorsqu’il composa la Sonate K.376, pour prendre cet exemple, et l’on mesure déjà le chemin parcouru : clairement inscrite dans le goût viennois (Mozart venait de s’installer à Vienne), cette page développe un vrai dialogue complice et concertant entre les deux instruments.
Beethoven, lui-même pianiste mais également violoniste et altiste, n’eut aucune peine à reprendre le flambeau laissé par son ainé : ses 10 sonates pour violon et piano (dont « Le Printemps » demeure la plus populaire) hissent la relation concertante à un degré d’équilibre que l’on peut juger idéal.
A noter : cette sonate « Le Printemps » est la première à laquelle Beethoven ajoute un Scherzo, passant ainsi de 3 à 4 mouvements. On peut y voir une certaine influence de l’univers symphonique…

On déplore régulièrement la disparition prématurée de Mozart… sans pour autant songer à celle de Schubert, lequel n’a pourtant pas dépassé sa 31ème année ! Schubert avait 27 ans de moins que Beethoven (Beethoven est né en 1770, Schubert en 1797) : il ne lui survivra pourtant que de 20 mois (Beethoven est mort en 1827, et 1828 verra la disparition de Schubert).
La situation de Schubert nous permet de jeter un regard intéressant sur le problème de la filiation, et principalement sur « l’ombre écrasante » (selon les mots de Brahms) qui peut paralyser les successeurs d’un géant (tel que Beethoven). Brahms attendra d’avoir 40 ans pour oser composer une symphonie…
Schubert, lui, commença très jeune à écrire des symphonies, mais celles-ci ne reprennent pas le schéma développé – agrandi – par Beethoven : il ira même jusqu’à maintenir la présence d’un Menuet, en guise de 3ème mouvement, dans ses 5 premières symphonies. Seules les symphonies 6 et 9 se réfèrent à l’évolution beethovénienne, celle de substituer un Scherzo au Menuet (la 7ème symphonie n’existe pas, sinon sous forme de maigres esquisses, et la 8ème est inachevée). Schubert connaissait pourtant parfaitement bien les travaux de Beethoven (en 1813, lorsqu’il compose – âgé de 16 ans seulement ! – sa 1ère symphonie, Beethoven en est déjà à sa 8ème)… mais Schubert est un élève de Salieri, et un héritier direct de cette esthétique que l’on peut rapprocher de celle de Mozart.
On sait que Schubert a également beaucoup développé l’univers du Lied, domaine que Beethoven a relativement peu exploré : le chemin emprunté par Schubert s’est donc dessiné en marge de celui tracé par Beethoven… peut-être pour ne pas avoir à se confronter à « l’ombre écrasante d’un géant » (même si celui-ci demeure une figure vénérée).
Et qu’en est-il du répertoire pour piano ? Là encore, Schubert a œuvré à la marge de Beethoven. Détail intéressant : la disparition de Beethoven semble avoir joué un rôle libérateur pour Schubert. En effet, durant les 20 mois qu’il lui reste à vivre, Schubert va donner naissance à des chefs-d’œuvre dont l’audace d’écriture ne fut jamais entendue auparavant : c’est la 9ème et sublime dernière symphonie (dite « La Grande »), c’est le cycle de Lieder Winterreise (« Le Voyage d’hiver »), c’est aussi la Fantaisie à 4 mains en fa mineur que nous entendons ce soir. En 1828, le compositeur ignore (ou veut ignorer) qu’il disparaitra bientôt ; aussi – malgré les atteintes déjà visibles de la syphilis – rêve-t-il encore à un avenir souriant, et il est amoureux… amoureux éperdu de son élève Karoline Esterhazy (dont il sait que, comtesse de son état, elle ne pourra jamais s’unir à lui), à qui il dédie cette page qui compte parmi les sommets de la littérature pianistique.
D’une structure identique à celle de la Fantaisie « Wanderer », à savoir 4 mouvements enchaînés, cette œuvre oscille entre la rigueur de la « forme sonate » et une manière de poème musical libre, où s’alternent presque abruptement atmosphère douce – rêveuse – et éclairs ténébreux.
Jean-Noël Ferrel

Ludwig Van Beethoven

Franz Schubert

BIOGRAPHIES

Jacques Rouvier

Né à Marseille dans une famille de musiciens, Jacques Rouvier reçut l’enseignement de Vlado Perlemuter, Pierre Sancan et Jean Hubeau au CNSM de Paris, où il obtint ses Prix de Piano et de Musique de chambre, et où il complètera sa formation en Harmonie et en Direction d’orchestre.
Il doit à Pierre Barbizet ainsi qu’à Jean Fassina un grand enrichissement pédagogique et humain.
Lauréat des concours Viotti, M. Canals, Union Européenne de Radio, Long-Thibaud, Fondation de la Vocation, il fonde en 1970 le Trio ROUVIER-KANTOROW-MULLER avec lequel il se produit toujours régulièrement. Il a participé à de nombreux festivals et académies (Prades, Spoleto, Kuhmo, Aix-en-Provence, Hamamatsu) et donné des master-classes dans le monde entier.
Ses enregistrements de l’intégrale de l’œuvre pour piano de Maurice Ravel ainsi que les sonates de Ravel et Debussy avec Jean-Jacques Kantorow ont reçu le Grand Prix du Disque. Il a également enregistré l’œuvre complète de Debussy et une trentaine d’autres CD.
Invité à participer aux jurys de prestigieux concours internationaux (Tchaïkovsky, Leeds, Santander, Rubinstein, Marguerite Long), il enseigne depuis 1979 au CNSM de Paris, ainsi qu’à l’UDK de Berlin.

1er Prix de piano et de musique de chambre au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, Jérôme Granjon joue dans de nombreux pays d’Europe, d’Amérique du Nord et du Sud, avec des orchestres ou ensembles tels que l’Orchestre Philharmonique de Radio-France, l’Orchestre de la Fondation Gulbenkian de Lisbonne, l’Orchestre des Solistes de Moscou ou le Monteverdi Choir sous la direction de Sir John Eliot Gardiner. Ces dernières années, il est régulièrement invité en Asie (Chine, Taïwan, Japon). Il fera en 2020 ses débuts au Vietnam.
En soliste, il enregistre plusieurs disques dont un album solo consacré à Debussy, Janáček, Scriabine et Schœnberg (Anima records, 2012), un disque Schumann (Anima records, 2019) et a entrepris l’enregistrement intégral du Clavier Bien Tempéré de J.S. Bach – après l’avoir souvent joué ces dernières années en concert (à paraître durant l’automne 2020 chez Anima records). Ses enregistrements lui ont valu la reconnaissance de la presse spécialisée (**** Classica, 5 Diapasons, la Clef de ResMusica.com…).
Aussi à l’aise en solo qu’en musique de chambre, et toujours désireux de partager des expériences musicales nouvelles et insolites, il joue régulièrement avec la violoniste Saskia Lethiec avec laquelle il fonde le Trio Hoboken, et se produit régulièrement en duo, notamment durant la saison 2019-2020 dans les grandes sonates françaises (Fauré, Franck, Saint-Saëns). Il fonde également avec l’organiste Emmanuel Pélaprat le duo Double Expression, avec lequel il explore le répertoire riche et méconnu pour harmonium d’art et piano (disque consacré à Saint-Saëns, Franck et Lefébure-Welly, paru chez Hortus en 2018 après celui, « Chants de guerre », paru en 2015).
Dans le domaine de la création, il collabore avec des compositeurs comme Kryštof Mařatka, Olivier Kaspar et Philippe Raynaud dont il enregistre une monographie (2019, Anima records). Dans une démarche d’approfondissement et de renouvellement de sa compréhension musicale, il s’intéresse aux instruments historiques et en particulier au pianoforte. Avec son pianoforte 5 octaves (copie Heilmann), il interprète des programmes allant des fils Bach jusqu’à Beethoven, en solo et musique de chambre.
Très investi dans le domaine pédagogique, Jérôme Granjon est professeur de piano au Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris et au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Lyon. Il assiste Maria João Pires à la direction artistique du Centre Belgais d’Etude des Arts (Portugal) de 2000 à 2004 et anime des master-classes, notamment en France, en Espagne, au Brésil, en Chine, à Taïwan.

Jérôme Granjon

Marianne Piketty

« DENSITÉ, FOUGUE, VIRTUOSITÉ, INTÉRIORITÉ ET GÉNÉROSITÉ » : voici les termes élogieux avec lesquelles la presse accueille Marianne Piketty. De Bach à Piazzolla, de la diminution baroque à la création contemporaine, la violoniste Marianne Piketty développe une carrière aussi dynamique que versatile : apparitions solistes, en récital, à la tête d’un ensemble, ainsi que dans ses nombreux projets de musique de chambre.
Diplômée au CNSM de Paris et à la Juilliard School de New York, elle est l’une des héritières de la tradition classique du violon grâce à sa formation auprès de grands maîtres tels que Itzhak Perlman ou Yehudi Menuhin.
En 2013, Marianne Piketty réunit autour d’elle Le Concert Idéal, ensemble à géométrie variable de solistes et chambristes internationaux venus d’horizons aussi divers que spécialisés qui emploient toutes leurs ressources pour explorer la musique sous toutes ses coutures, au travers du temps et de l’espace mais aussi de ses relations avec la littérature, le théâtre et la danse.
Artiste aussi charismatique qu’incontournable, Marianne Piketty se distingue notamment par une extraordinaire envie d’entreprendre, un goût inépuisable pour les nouvelles rencontres et la performance, avec toujours au cœur la volonté de partage et l’esprit du collectif.
La rigueur, l’exigence et le dépassement de soi sont les maîtres mots d’une violoniste qui pratique son instrument au pas de course, au rythme d’un athlète.

Après des études brillantes au CNSM de Paris, dans la classe du pianiste bulgare Ventsislav Yankoff (1er Prix de piano à l’unanimité – 1er nommé), François Chaplin remporte les Prix Mozart et Robert Casadesus au Concours International de Cleveland. Ces distinctions marquent le point de départ d’une active et brillante carrière internationale. Il joue en soliste avec de nombreux orchestres, comme l’Orchestre National de Lille, l’Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg, le Japan Philharmonic Orchestra, l’Ensemble Orchestral de Paris, l’Orchestre National de Lorraine, l’Orchestre Colonne, etc… Il participe régulièrement à de nombreux et prestigieux festivals comme La Roque-d’Anthéron, le Festival de Saint-Bertrand-de-Comminges, les Rencontres internationales de Nohant (Chopin), le Festival international de Cervantino au Mexique, le Festival international de Yokohama au Japon, Les Flâneries Musicales de Reims, Piano en Valois, le Festival Chopin à Paris Bagatelle.
François Chaplin est aussi l’invité du Wigmore Hall à Londres, du Théâtre des Champs-Élysées à Paris, de la Philharmonie de Saint-Pétersbourg, Art Gallery de Washington (USA), le théâtre Coliseo et le CCK de Buenos Aires, etc…
Son enregistrement de l’intégrale de l’œuvre pour piano de Debussy a été unanimement salué par la critique en France (Diapason d’Or, ffff de Télérama) et à l’étranger (Award BBC Magazine/Londres), et c’est avec l’intégrale des Nocturnes de Chopin, en mars 2010 (double CD Zig-Zag Territoires/Harmonia Mundi), récompensé d’un ffff de Télérama et labellisé « Chopin 2010 en France », que François Chaplin a fêté le bicentenaire de la naissance du compositeur polonais.
A 2 pianos, il a réalisé plusieurs CD dont l’intégrale de Francis Poulenc avec Alexandre Tharaud en 1996 (Naxos, Award BBC magazine), des œuvres pour 4 mains et 2 pianos de Debussy (Decca/Universal) avec le pianiste Philippe Cassard en 2012, à l’occasion des 150 ans de la naissance du compositeur, et en novembre 2019 un album « Années Folles » avec la pianiste Argentine Marcela Roggeri (Klarthe).
En mars 2015, le pianiste français a enregistré l’intégrale des Impromptus de Schubert chez Aparte (auréolé d’un ffff de Télérama, d’un 4 étoiles dans Classica et salué également en Allemagne). Un disque Mozart est paru en octobre 2017 pour le label Aparte (23ème et 24ème concertos), avec l’orchestre de Besançon Franche- Comté, dirigé par Jean-François Verdier.
Son CD Brahms (Aparté) est paru en juin 2019 avec les derniers opus 117, 118, 119, ainsi que les 2 Rhapsodies opus 79, récompensé par les magazines Gramophone (Londres) et Diapason (5 diapasons).
Il enregistrera en octobre prochain l’intégrale des Valses de Chopin (parution en novembre 2021) pour le label Aparte.
François Chaplin enseigne les classes de Licences et Master au CRR de Versailles et donne des master-classes à l’étranger, notamment au conservatoire de Saint-Pétersbourg, à l’Université de Montréal, en Norvège, au Japon (Tokyo et Osaka) et à Buenos-Aires.

François Chaplin

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