Samedi 15 août – 20h

Samedi 15 Août 2020
20h

Soirée de clôture
Piano Jazz

Jardins du Musée Matisse

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Carte blanche  à Laurent De Wilde & Ray Lema

Ray Lema & Laurent De Wilde, deux bourlingueurs du piano

Programme

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Matongue
Fantani
Liane
Congo Rag

L’un fête ses soixante-dix ans cette année et continue d’afficher une trajectoire d’une richesse éclatante. Curieux de tout, il a arpenté la planète et ouvert très tôt sa culture congolaise aux mille vents de la musique du monde, Chine, Brésil, Bulgarie, Afrique du Nord, Amérique, Europe, pour y déclencher à chaque fois de fertiles rencontres.
L’autre, de quinze ans son cadet, n’a pas perdu son temps non plus : après avoir débuté sa carrière comme pianiste de jazz, il a depuis l’an 2000 multiplié les chemins de traverse, électro, slam, reggae, théâtre, documentaires, tordant à chaque fois son instrument avec une énergie et un succès communicatifs.

Lorsqu’ils décident d’imaginer un projet à deux pianos, ils savent qu’ils partagent le même credo : jouer le moins de notes possibles, et juste les bonnes.
Les 88 touches de leur instrument leur ont toujours semblées une traîtreuse invitation au bavardage et aux effets de manche inutiles. Mais si cela était vrai pour un piano, que dire de deux ? C’est à cette énigme (en anglais : riddle) qu’ils décident de s’attaquer dans ce nouvel album.

Véritable creuset dans lequel se fondent ici toutes leurs expériences passées, le
répertoire est ainsi écrit par les deux hommes avec une patience de souffleur de verre.
Peu de pianistes ont pris le risque d’enregistrer à deux, et encore moins nombreux sont ceux qui ont décidé de composer la musique de cette rencontre. Au fil des répétitions, Laurent et Ray ont cherché puis trouvé le confort dans lequel ils pouvaient s’épanouir en toute confiance. Le résultat sont ces dix pièces dans lesquelles ils expriment leur joie de jouer ensemble, de danser constamment sans jamais se marcher sur les pieds, de tricoter des rythmes et des mélodies aux mille couleurs imprévues.

Un véritable tour du monde qui ne se raconte qu’à Paris, où se rencontrent de façon si singulière les musiques des cinq continents.

Pour plus d’infos : raylema.com / laurentdewilde.com

Laurent de Wilde & Ray Lama (©Olivier Hoffschir)

BIOGRAPHIES

Laurent de Wilde (©Olivier Hoffschir)

Laurent de Wilde est musicien, producteur, écrivain et animateur radio.
Né en 1960 aux États-Unis, sa famille s’installe en France en 1964 ; dès lors, il fait ses études à Paris jusqu’à l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm, qu’il intègre en 1981. Il repart en 1983 pour les États-Unis et apprend le piano jazz à New York où il réside durant huit ans.
Il commence à s’y produire professionnellement et, à la fin des années 80, y enregistre ses premiers disques en compagnie de Jack DeJohnette, Billy Hart et Eddie Henderson (Off the boat, 1987 ; Odd and blue, 1989 ; Colours of Manhattan, 1990 – IDA Records).
De retour à Paris en 1991, il y poursuit sa carrière de musicien et obtient le Prix Django Reinhardt en 1993 pour son album Open Changes (1992), toujours chez IDA. Il enregistre alors deux albums pour Sony, The back burner (1995) puis Spoon-a-rythm (1997) qui lui vaudra l’année suivante les Victoires du Jazz comme révélation de l’année.
Durant cette période, il écrit une biographie de Thelonious Monk parue chez Gallimard en 1996, puis chez Folio en 1998, qui sera traduite en anglais, italien, espagnol et japonais, et obtient le Prix Charles Delaunay de l’Académie du Jazz.

Les années 2000 le trouveront en immersion dans l’électronique, mode musical dans lequel il produira six albums (Time 4 change, 2000 et Stories, 2003 pour Warner Jazz, Organics, 2004, puis PC Pieces, 2007, chez Nocturne, Fly, 2010, puis Fly Superfly, 2014 chez Gazebo).
A partir de cette décennie, Laurent mène de front des projets de plus en plus variés : la poursuite de son trio jazz (The present, 2006, Nocturne, Over the clouds, 2012, Gazebo) comme de ses groupes électroniques, mais aussi la collaboration soutenue avec des artistes tels que Jacques Gamblin (Ce que le djazz fait à ma djambe) ou Abd Al Malik (Gibraltar), ou encore la co-réalisation de deux documentaires pour Arte sur Monk (2010) et Mingus (2011).
En octobre 2016, Laurent sort Riddles (Gazebo), un album à deux pianos avec la légende Africaine Ray Lema, et publie la même année chez Grasset un ouvrage remarqué sur la saga des inventeurs de claviers au XXème siècle, Les Fous du Son (ré-édité chez Folio en 2019). Il entame également pour la radio TSF Jazz une série d’émissions hebdomadaires, Portrait in jazz, où il invite des personnalités non musiciennes à parler de leur rapport personnel au jazz.
En 2017, année du centenaire de la naissance de Thelonious Monk, Laurent lance son New Monk Trio dédié aux compositions du génial pianiste et compositeur, qui lui vaut en 2018 le Prix du Meilleur Disque Français de l’Académie du Jazz. Toujours en 2018, il se voit élu Artiste de l’année aux Victoires du Jazz et reçoit le Grand prix Sacem pour l’ensemble de son œuvre.
Outre ses propres albums enregistrés sur le label Gazebo, Laurent y produit également d’autres artistes comme Géraldine Laurent (At work, 2015) ou Eric Le Lann et Paul Lay (Thanks a million, 2018). Un nouvel album de Géraldine Laurent est à paraître en octobre 2019.
Un nouvel album électronique de Laurent est en préparation, dans lequel il jouera du Rhodes et des machines, accompagné d’un batteur et d’un bassiste électrique.

Ray Lema (©Olivier Hoffschir)

Itinéraire d’un “savanturier” musical
Du haut de ses trois quarts de siècle, Ray Lema poursuit avec fidélité son chemin aventureux sur les sentiers de la musique. Du classique au jazz, des rythmes traditionnels Kongo à ceux des Gnawas en passant par les chœurs Bulgares, l’homme a décidé de faire transpirer tous ceux qui aiment ranger les musiques dans des cases.
Né en 1946 et élevé dans une famille protestante, le garçon veut devenir prêtre catholique. On l’envoie donc au Petit Séminaire près de Kinshasa. C’est là que les pères blancs décèlent ses aptitudes musicales, l’orientent vers le piano et le désignent pour accompagner les messes à l’orgue. La formation est austère, mais solide.
Le Congo accède à l’indépendance et notre organiste a une certaine liberté de penser qui lui fait abandonner le séminaire pour suivre des cours de chimie à l’université. Mais sa flamme pour la science s’étiole et il plaque tout pour la musique. Avec l’orchestre de Gérard Kazembe, il reprend les airs en vogue en Europe et joue du rock avec les Yss Boys, passant pour un original dans cette ville, Kinshasa, où la rumba est reine et possède le monopole de l’ambiance. Mais c’est précisément parce qu’il est un ovni, formé aux rigueurs de Bach et à la composition classique, qu’on lui confie la direction musicale du Ballet National du Zaïre nouvellement créé. Sa mission : arpenter le pays pour y recruter des musiciens, des chanteurs et les faire jouer tous ensemble pour représenter le pays. Dans cet immense territoire qui n’est pas encore une nation, l’affaire est plus complexe qu’il n’y parait. Mais il y découvre l’incroyable diversité musicale de ses concitoyens et la science du rythme qui anime tout un chacun, puisque musique, chant et danse sont dans les villages l’affaire de tous. Cette recherche laissera en lui une profonde empreinte. Son renvoi du Ballet aussi, lorsqu’à la fin des années 70, il refuse de composer un opéra à la gloire de Mobutu, le “roi du Zaïre”. On lui retire alors maison, voiture, orchestre. C’est le moment que choisit la fondation Rockfeller pour lui proposer une bourse et le billet pour Washington qui va avec. Ray s’envole loin du Zaïre, sans savoir qu’il n’y remettra plus les pieds pendant plus de trente ans.

Au pays du jazz, il croise la route de Stewart Copeland, le batteur du groupe The Police qui l’aide à enregistrer son premier disque, Koteja. Mais la vie sur ce pays-continent qui ignore tout du reste du monde ne lui plaît guère. En 1980, il décide de plier bagages et s’envole pour Bruxelles, puis Paris à l’invitation de Jean-François Bizot, patron du magazine Actuel qui le parraine. Le savant pianiste n’attendait que ça : de nouvelles aventures.
Son premier disque, Kinshasa-Washington DC-Paris (1983), est un audacieux rappel de tous les sons qui l’ont fait jusqu’alors. Deux ans plus tard, il récidive avec Médecine, un album où il se livre – dans un studio transformé en labo – à toutes sortes d’assemblages : synthés, chœurs kongo, rythmiques funky, djembés, le savanturier convoque les forces de l’univers musical avec une foisonnante jubilation. Derrière son clavier, comme un tambourinaire, il continue de s’inspirer des rythmiciens rencontrés au Zaïre. Bandes originales de film (Black Mic Mac), band original éphémère (le Bwana Zoulou Gang) avec Higelin, Bashung, Dibango et Couture… En compagnie ou en solo, Ray Lema multiplie les créations sur scène comme sur disque. Il incarne à lui seul le concept de sono mondiale cher à Bizot, avant que les marketeurs ne le récupèrent pour en faire la World-Music. Le disque enregistré avec le Professeur Stefanov et ses choeurs bulgares, ou Safi avec les gnawas marocains du groupe Tyour en sont de parfaits exemples.
Le jazz, musique de croisements, de métissages, demeure l’un de ses meilleurs compagnons. En duo avec Joachim Kühn ou Laurent De Wilde, ou bien avec son quintet, il creuse là aussi son propre sillon, gravé dans la cire de nombreux albums. Du jazz, il défend d’ailleurs une conception « africaine », c’est à dire très collective, et cela se ressent dans le respect qu’il voue aux musiciens qui l’accompagnent. Et quand ils sont nombreux, c’est encore mieux ! A ce titre, rien n’enchante plus le compositeur que la collaboration avec les orchestres classiques. Depuis vingt ans, de la Suède au Brésil en passant par la Chine, il a le bonheur d’être invité par des ensembles qui jouent ses œuvres, en version symphonique !
Mais s’il a beaucoup voyagé et donné des concerts dans le monde entier, Ray Lema n’avait jamais remis les pieds au Zaïre, qui depuis son départ a connu une longue descente aux enfers, et retrouvé son nom de Congo. Pourtant, le pays ne l’a pas quitté. Au piano, il a conservé les astuces rythmiques congolaises, et le goût des sebene, cette phase typique de la rumba qui sert de moteur à la danse, et d’ascenseur pour la transe.
En 2012, la création Station Congo lui en donne l’occasion. Il renoue, trente-trois ans plus tard, avec l’océan des rythmes de son pays. Ce retour aux sources, il le poursuit en consacrant un magnifique album, Nzimbu, au patrimoine de sa région d’origine (le Kongo central), et puis tout dernièrement (2019), en revenant à Kinshasa pour un hommage à Franco Luambo, patron de l’OK Jazz et monument de la rumba congolaise. Le temps d’un concert magique (disponible sur disque), l’ancien organiste du petit séminaire faisait revivre les grandes heures d’un artiste qui, plus que tout autre, s’était appuyé sur les musiques traditionnelles pour composer LA rumba qui fit danser toute l’Afrique. En un sens, la boucle était bouclée pour celui qui a toujours cherché à réconcilier son héritage congolais avec son éducation occidentale, et à les marier avec les autres cultures. Ray Lema est rentré à Paris comblé. Assis au piano, il travaille à sa prochaine aventure.

Discographie :
2020 : “On entre KO – On sort OK” – ( Sortie le 24/04/2020)
2018 : « Transcendance »
2016 : Ray Lema & Laurent de Wilde « Riddles »
2016 : Ray Lema Quintet « Headbug »
2015 : « Nzimbu »
2013 : Ray Lema Quintet « Very Special New Production-VSNP »
2011 : Ray Lema & Jazz Sinfônica (cd/dvd) –
2011 : « 99 »
2006 : « Paradox »
2004 : « Mizila-Piano solo »
2003 : BO de « Fatou la Malienne » et « Fatou l’espoir » –
2000 : « Safi »
1998 : « The Dream of the Gazelle »
1997 : « Stop Time »
1996 : « Green Light »
1994 : « Tout Partout »
1992 : « Ray Lema & Professor Stevanov – Ensemble Pirin »
1992 : « Un Touareg s’est marié avec une Pygmée »
1992 : « Euro African Suite » (avec Joachim Khün)
1990 : « Gaia »
1989 : « Nangadeef »
1988 : « Bwana Zoulou Gang »
1985 : « Medecine »
1983 : « Kinshasa-Washington DC – paris »
1982 : « Koteja »

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